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Teyfik Sahin in a classroom
Source: Gefangene helfen Jugendlichen

Obsèques du Docteur Paul Taryam Ilboudo : témoignages à la veillée de prières le lundi 05 avril 2021

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Témoignage de son ami et collègue Hamidou Benoit OUEDRAOGO


Je voudrais en introduction vous dire les raisons qui m’amènent à vous livrer mon témoignage personnel et pourquoi je le fais en même temps aux noms des nombreux amis et collègues, je devrais plutôt dire des compagnons de route de Paul Taryam et issus des organisations nationales et internationales suivantes : Inades Formation Burkina qui doit tout à Paul Taryam, membre fondateur de son association nationale en 1995 et membre de l’association international Inades ; Ashoka Sahel et Ashoka international le plus grand réseau mondial des entrepreneurs sociaux avec ses 3000 membres et dont Paul Taryam a été élu senior fellows en 2010, le dernier et prestigieux grade des entrepreneurs sociaux sur le plan mondial ; CESAO Association Internationale la pépinière des cadres africains pour le développement endogène et ascendant que Paul a parfois animée dans le temps et enfin SOS Sahel international dont le président Alfred Sawadogo a été pendant une dizaine d’année le bras armé de Solidar Suisse pour la mise en oeuvre de son programme de décentralisation des collectivités territoriales.


Quand la terrible nouvelle est tombée avec l’effet d’un coup de tonnerre, le désarroi s’est emparé de tous ces fidèles compagnons, qui refusaient d’accepter l’inacceptable ; les êtres humains que nous sommes étant impuissants à comprendre les voies de Dieu notre créateur : les faits sont restés hélas têtus. Pour les uns un baobab s’est effondré, un grand homme vient de partir, un homme d’exception s’en est allé ; et pour les autres c’est l’Afrique de l’ouest et du Sahel qui vient de perdre un grand guerrier, un entrepreneur social exceptionnel, certainement l’un des plus respectables de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel pour ne pas dire du continent africain.


J’ai eu le privilège d’être un ami intime et de longue date de Paul Taryam pour qui l’amitié est une valeur sacrée. Pour lui, un ami est un frère donné par la nature. Pour parler simplement, jamais au grand jamais Paul Taryam ne peut connaître quelqu’un, l’apprécier aujourd’hui et dire demain pour des raisons opportunistes qu’il ne le connait pas. Jamais.


Ce n’est pas en 5 mn que l’on peut parler de ce que Paul a été. Je me contenterais de parler de ce qui m’a plus impressionné chez lui et assorti de quelques anecdotes, parce qu’il avait un sens de l’humour et aimait bien faire sourire ou rire ses amis et ses collaborateurs. Des traits caractéristiques de Paul Taryam ? Je dirais plutôt : un grand humaniste connu et reconnu, oui il le fut ; une grande personnalité et un fort leadership, fort et hors du commun. Je vous disais qu’il aimait bien faire sourire ou rire ses amis ou ses proches. Une anecdote que j’ai bien aimée et qui date de depuis son adolescence : quand Paul Taryam fréquentait le collège de Toussiana, la barbe démesurément longue de son professeur, père blanc l’amusait. Percevant ce professeur en train de venir, l’élève Taryam faisait éclater de rire les élèves de la classe en disant : « attention ! l’homme qui ne doit en aucun cas souffler sur le feu arrive », de façon plus imagée un homme plein d’humour. Il l’avait surnommé dans sa langue maternelle : « a kon fuus bugum wata ! ».


Paul Taryam portait et partageait sa vision d’un monde meilleur ancré sur le substrat socio culturel des valeurs ancestrales que sont l’humilité, la tolérance, la solidarité, l’entraide, l’empathie et la communication non violente.
Sans aucun doute, le parcours de sa vie d’homme d’action et d’acteur de changement social s’apparente à quelque chose comme une course d’obstacles avec bien sûr ses effets de freinage, toujours des priorités nouvelles, toujours de nouveaux défis à relever à la fois sur plusieurs fronts, des alternatives éducatives stratégiques avec ce trait de caractère d’une volonté inébranlable à toujours réaliser l’impossible. Pour Taryam, rien n’est inaccessible dans la vie, il faut simplement croire et travailler sans trêve jusqu’au bout, oui, jusqu’au bout comme l’ont attesté les trois derniers jours de sa vie à l’hôpital Yaldgo où il était hospitalisé. A chaque fois qu’il n’était plus sous oxygène, il réclamait son agenda et reprogrammait ses rendez-vous. Un homme décidément exceptionnel qui n’a jamais un temps libre et dont tout le temps est consacré au travail.


Paul Taryam est né dans une famille polygame, un père et sept co-épouses mais l’éducation des enfants revenaient à toutes les femmes, à la famille élargie et au village. Taryam a connu pratiquement une enfance douillette ; il aimait bien son père Tingandé, un leader communautaire à la fois Tisserant, teinturier et colporteur dans la sous-région. Tingandé faisait la promotion du faso danfani deux décennies durant avant l’indépendance de la Haute Volta. Le petit Taryam était très fier de son père. On comprendra aussi pourquoi Paul Taryam a toujours porté fièrement le Faso danfani avant l’époque de « Sankara arrive » autre promoteur du Faso danfani.


Paul Taryam était le seul volontaire de son village à être recruté en 1956 au CP1 à l’école de Ziniaré, une promotion de 84 élèves au départ mais il sera le seul de cette promotion à aller en 6ème au collège de Toussiana en 1962. Jusqu’à 1966 il a toujours été le premier de sa classe et c’est sans surprise qu’il obtient le BEPC en 1966. Comme il était un élève très brillant ses professeurs tenaient à ce qu’il poursuive ses études au Collège de la
Salle à Ouaga. Pour des raisons de famille le jeune Taryam dit non et non à ce projet.


J’ai pratiquement connu Paul Taryam depuis 1966 quand il avait décidé d’interrompre ses études secondaires du fait de ses responsabilités familiales. Son père à qui il doit tout était malade et c’est surtout pour lui venir en aide qu’il embrassa de 1966 à 1976 une première carrière d’instituteur de brousse affecté à Saponé. Sur le plan des études, Paul Taryam ne s’arrête pas ; il est le prototype même du self made man. En autodidacte et moyennant un couplage avec ses activités professionnelles, il obtient en 1979 une licence en linguistique. Puis il décroche avec brio ses autres diplômes universitaire : la maitrise en linguistique en 1979, le DEA en linguistique en 1981 et, la cerise sur le gâteau, le doctorat en Sciences de l’éducation en février 2018. Il est connu et reconnu sur les plans national, sous-régional et international pour avoir développé des alternatives éducatives d’importances stratégiques qui présentent les enjeux et les défis à la fois sur les plans politique, économique, culturel et sur le plan du genre.


Tenez-vous bien : en République Centrafricaine où nous avons lui et moi travaillé ensemble sur la problématique du développement endogène et auto propulsé des communautés de base, je me souviens que Paul Taryam a été au cours d’une cérémonie, officiellement présenté en1995 par le Ministre des Affaires étrangères de la République Centrafricaine comme je le cite « un génie » qui vient du Burkina Faso pour ses innovations éducatives à succès. Je me souviens encore d’un évènement inédit qui s’est passée dans la Commune rurale de Damara à 70 km de la capitale Bangui. Dans le Centre de l’Action sociale où un centre d’alphabétisation fonctionnelle en langue sango a été implanté sous la supervision de Paul Taryam, une auditrice qui portait une grossesse à
terme s’était entêtée à suivre la formation d’alphabétisation intensive. Ce qui devait arriver arriva : la femme en travail finit par accoucher d’un joli bébé, un garçon. La mère auditrice toute heureuse exigea que son bébé porte le nom « Paul Taryam » en souvenir de ce génie burkinabè qui a révolutionné sa vie. Ainsi, Paul Taryam nous a laissé un grand héritage à partager, à valoriser et à mettre à l’échelle.


Pour terminer mon témoignage, je voudrais demander l’épouse Taryam Virginie, leurs deux enfants Joel et Josiane d’accepter la volonté de dieu. Regardez tout ce monde qui vous entoure et qui vous apporte chacun à sa manière soutien et compassion : je veux parler des parents de Paul, ses collègues et amis, la chorale Saint Luc, les autorités religieuses et politiques ; on peut affirmer sans aucun doute que Paul Taryam s’est simplement éclipsé à l’appel de Dieu. Il n’est pas mort parce qu’il vit en chacun de nous, parce qu’il restera toujours dans la mémoire collective des générations présentes et celles à venir au Burkina Faso et dans la sous-région. Nous ne faisons que rejoindre les dires du vieux Tingandé quand il disait à son fils aimé Taryam et je cite « ce sont les fruits de nos actes qui traverseront les générations présentes et à venir ».


Cher ami Paul Taryam, repose en paix, que le paradis éternel soit ta dernière demeure et que le seigneur console tous ceux qui t’ont aimé ici-bas.

Hamidou Benoit OUEDRAOGO

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