L’industrie médiatique traverse une phase critique. Les plateformes digitales remplacent les « médias papier » traditionnels ; les internautes puisent leurs informations à des sources multiples pas toujours fiables et les « fake news » se fraient un passage dans le brouhaha de l’actualité instantanée. Nombreux sont les lecteurs à se tourner vers les médias sociaux (Facebook, Twitter, Google actualités) pour s’informer et s’exprimer. Mais peut-on parler véritablement de dialogue ? Les risques de désinformation et d’embrigadement grandissent. Comment redonner à la presse son rôle de garant de la liberté d’expression ?

L’APPROCHE DES ENTREPRENEURS SOCIAUX

Face à la perte de confiance dans les médias et le décalage perçu avec les communautés, les entrepreneurs sociaux apparaissent comme les acteurs les plus à même d’intervenir. Ils s’appuient sur les médias -le plus souvent numériques, pour répondre à des problèmes de société tels que la marginalisation sociale ou les inégalités femmes-hommes. Ils bousculent les logiques existantes pour transformer les médias en opportunités de création de lien social, de développement de communauté et d’engagement citoyen. En proposant des modèles efficaces à impact social, ils inspirent et redessinent l’industrie médiatique toute entière.

Christian de Boisredon fait du journalisme dit "d’impact" ou "de solutions" qui dépasse l’analyse purement factuelle des problèmes de société en proposant d'y répondre. Cristi Hegranes couvre les zones négligées par les grands medias internationaux en impliquant les populations locales et Ahmed El Hawary renverse le journalisme classique en formant des jeunes marginalisés au métier. A l’occasion de la 25ème édition de la Journée mondiale de la liberté de la presse ce jeudi 3 mai 2018, découvrez 3 Fellows Ashoka qui font des médias un levier de changement sociétal à travers le monde !

LA CONVERSION DES MEDIAS TRADITIONNELS AU JOURNALISME DE SOLUTIONS

Christian de Boisredon Sparknews (France)

A 25 ans, Christian de Boisredon fait le tour du monde des entrepreneurs sociaux et écrit L’Esperance autour du monde, bestseller traduit en 7 langues. En 2012, il décide d’aller plus loin en créant l’agence Sparknews afin de connecter des médias du monde entier autour de ces sujets positifs et d’inspirer les lecteurs à devenir des acteurs du changement. Sparknews fédère une communauté de rédacteurs en chef au cœur de médias internationaux et d’influenceurs et business leaders engagés. En leur fournissant une base de données d'information orientée non pas vers les problèmes, mais vers les solutions, Sparknews transforme leur ligne éditoriale leur confère un impact social et environnemental positif. En 2017, plus de 80 médias dans plus de 50 pays se sont joints aux opérations médiatiques coordonnées par Sparknews telles que l’« Impact Journalism Day » -auquel ont participé plus de 10 millions de personnes et « Solutions&co » -qui touche plus de 120 millions de lecteurs chaque année. Sparknews vise également à sensibiliser les grandes entreprises à ces solutions pour leur inspirer des modèles de business plus vertueux.  En savoir plus sur Christian de Boisredon & Sparknews.

 

 

L’ACTUALITE RACONTEE PAR CEUX QUI LA FONT

Cristi Hegranes - Global Press Institute/Global press journal (USA)

A travers le Global Press Institute, Cristi Hegranes a développé un modèle de journalisme qualitatif qui opère dans une vingtaine de zones peu couvertes par les médias traditionnels telles que la République Démocratique du Congo, Haïti ou encore le Zimbabwe. Le Global Press Institute intervient dans les régions négligées par les médias internationaux à cause de coûts élevés d’opération, auprès des populations dont la voix se fait peu entendre à l’international. La publication du Global Press Journal braque sur elles un coup de projecteur et les journalistes locaux du Global Press News Service fournissent du contenu aux médias et organisations partenaires (Vice média, PBS, News Deeply, Indigenous Radio Network, Big News Network etc.). Le Global Press Institute a un impact social à deux échelles : auprès des communautés marginalisées et également auprès des femmes, à travers de la formation au métier du journalisme. L’information est produite par ceux qui la vivent, renversant ainsi les logiques classiques de production et offrant une opportunité aux médias internationaux de diffiser des informations de qualité. Près de 200 journalistes, dans plus de 25 pays, ont déjà bénéficié d’une formation et publié près de 10 000 récits touchant 20 millions de lecteurs mensuels.

 

LE JOURNALISME, VECTEUR L’ENGAGEMENT CIVIQUE CHEZ LES JEUNES

Ahmed El Hawary - Bashkatib (Egypte)

A travers Bashkatib, le journaliste et écrivain Ahmed El Hawary a développé une alternative aux médias egyptiens, selon lui trop peu objectifs. Bien plus qu’un média en ligne, Bashkatib est un « mouvement médiatique » qui offre à des jeunes entre 12 et 18 ans, en situation de marginalisation sociale, économique ou géographique l’opportunité de devenir journalistes. Bashkatib leur dispense des formations sur deux ans et les accompagne dans le lancement de leur propre plateforme éditoriale. Les nouveaux médias labellisés Bashkatib répondent à des critères de fonctionnement décentralisés et démocratiques, favorisant la libération de la parole des jeunes et la remontée de l’information par le bas. Par ailleurs, le contenu produit est également diffusé sur la plateforme Bashkatib News et distribué gratuitement aux communautés concernées, favorisant la prise d’initiative citoyenne. A travers la constitution d’un réseau de jeunes engagés, de médias et d’influenceurs locaux, Bashkatib fait émerger la voix de citoyens trop souvent négligés par les médias traditionnels et forme une jeune génération d'acteurs de changement. Suite à son succès en Egypte -la plateforme compte plus de 45 millions de lecteurs et l’édition mensuelle est distribuée à 5 000 exemplaires, Bashkatib s’est étendue au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

 

ETUDE ASHOKA SUR LE ROLE DES ENTREPRENEURS SOCIAUX DANS LES MEDIAS

Ashoka a mené l’enquête auprès de 50 entrepreneurs sociaux de son réseau travaillant dans les médias, en partenariat avec le Center for Social Impact de l’Université du Michigan (USA). L’étude a démontré que l’entrepreneuriat social contribuait à rétablir la confiance des communautés envers les médias. Elle a également permis de comprendre dans quelle mesure les initiatives émergentes forgeaient le nouveau paysage médiatique et de déceler 5 grandes tendances, 5 leviers d'évolution du paysage médiatique :

  • Améliorer les infrastructures et l’environnement médiatique pour permettre l’émergence d’initiatives indépendantes
  • Améliorer les critères et méthodes de reportage afin d’augmenter la qualité du journalisme à l'échelle locale
  • Transformer les médias en vecteur d’engagement civique
  • Assurer la viabilité économique et la durabilité des initiatives médiatiques indépendantes
  • Sensibiliser les communautés locales aux enjeux des médias à travers la diffusion de contenu pertinent

 

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