François Taddeï - Pour une génération de "rebelles compétents"

Taddei

 

François Taddéi, fondateur du Centre de Recherches Interdisciplinaires dans le domaine de l’éducation et entrepreneur social du réseau Ashoka, nous livre sa vision des compétences clés à acquérir pour que nos enfants deviennent des citoyens actifs et épanouis.

 

Dans ce monde qui change de plus en plus vite, quelles sont selon vous les compétences nécessaires à acquérir pour les plus jeunes ?

Notre société ne manque pas de défis à relever : la planète est surexploitée, les inégalités criantes et la technologie galopante apporte son lot de contraintes. Nous avons donc besoin de citoyens capables d’identifier ces problèmes et de proposer une solution pour les résoudre, tout en s’entourant de gens qui les aident à mener à bien leur projet. Cela suppose donc d’avoir un sens de l’observation critique mais bienveillant, une capacité d’écoute et de travail en collaboration, ainsi que de la créativité.

D’autant plus qu’avec les avancées considérables et croissantes de la technologie, les machines deviennent de plus en plus puissantes et commencent à nous remplacer sur les tâches les plus répétitives. Notre avantage compétitif à nous les humains, c’est d’avoir cette posture d’acteur de changement, ce qu’une machine n’aura jamais ! Les générations à venir doivent donc être des « rebelles compétents » : être capables de voir le monde tel qu’il est, d’identifier une meilleure voie et de se sentir en capacité de passer à l’action pour changer les choses.

Comment devient-on un citoyen actif tel que vous le décrivez ?

Je vous rassure, on peut acquérir ces compétences tout au long de sa vie ! Mais l’empathie, l’écoute, la collaboration, ou la prise d’initiative sont bien plus puissantes lorsqu’on les apprend dès le plus jeune âge. C’est pour cela que le métier d’enseignant est clé pour notre société. Ce sont eux les premiers « acteurs de changement » car ils possèdent toutes ces qualités et ils les transmettent : chaque enfant étant différent, ils rencontrent chaque année des situations uniques pour lesquels ils doivent identifier les freins et trouver des solutions adaptées. Ils sont en permanence dans l’écoute et l’empathie pour pouvoir comprendre les émotions des enfants, leur apprendre à les communiquer ou à les canaliser. Beaucoup d’outils existent pour partager les bonnes pratiques, échanger des conseils, travailler en équipe dans l’établissement, leur permettant ainsi de s’alimenter et de s’enrichir pour mieux préparer la nouvelle génération.

Quelles pistes identifiez-vous pour permettre à un plus grand nombre d’élèves de devenir des acteurs de changement ?

J’en vois plusieurs mais notamment, celle d’accorder plus de confiance aux enseignants, de travailler en collaboration avec eux pour faire remonter leurs expériences dans la classe et diffuser leurs bonnes pratiques vers les sphères décisionnaires. Il serait intéressant également de leur offrir plus de possibilités en termes de formation continue. Enfin, il serait crucial de consacrer plus de budget à la recherche dans l’éducation pour favoriser l’innovation.

Un autre aspect qui me parait déterminant est de favoriser chez les enfants cette curiosité innée qu’ils ont du monde afin de faire ressortir le plein potentiel de leurs capacités réflexives et créatives. Chaque enfant nait «  chercheur » : regardez l’attitude du bébé qui découvre le monde en touchant, sentant, goutant, testant.

Pouvez-vous nous donner un exemple d’outil pédagogique pour favoriser cette créativité chez l’enfant ?

Les Savanturiers – L’école de la recherche est un exemple de dispositif pédagogique d’apprentissage par la recherche. Les élèves endossent une posture de chercheur, posent des questions, définissent une problématique, formulent des hypothèses, créent leurs protocoles expérimentaux, réalisent des expériences et réalisent un projet final. Les classes se transforment en autant de petits laboratoires où la méthodologie et l’éthique de la recherche sont développées de manière ludique et pluridisciplinaire. Les enfants, guidés par l’enseignant, apprennent à critiquer et à réinventer pour demain, individuellement et collectivement dans la classe.

Propos recueillis par Laura Zimer, Ashoka.

This article was originally published on 11 August 2016
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Diplômée d’Audencia, Laura a commencé son parcours professionnel dans le secteur privé, en marketing et communication chez LVMH pendant 4 ans. Elle a toujours démontré dans sa vie personnelle un intérêt pour le secteur associatif à travers plusieurs expériences de bénévolat et la création d’une association de lutte contre l’exclusion sociale, et met aujourd’hui ses compétences professionnelles au service du Social Business.

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