« Souvent on croit que les problèmes d’aujourd’hui seront réglés demain par la technologie ou par la loi, mais nous notre conviction c’est de chercher la solution ailleurs : dans notre capacité collective ».

C’est ainsi que Nicolas Détrie, co-fondateur du collectif Yes We Camp a introduit son discours lors des Ashoka Talks — ceux qui font la société de demain. A l’heure où l’on parle de ségrégation spatiale au sein des villes, de « sécession » des classes et d’attitude passive de consommation, nombreux sont les entrepreneurs sociaux qui voient dans le « vivre-ensemble » et la création de lien social une opportunité de résoudre de nombreux enjeux de société.

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Selon le baromètre de l’entrepreneuriat social 2018, un tiers des entrepreneurs sociaux estiment de la cohésion sociale constitue un problème à résoudre en priorité. Ceux-ci s’appuient sur le postulat qu’il y a en chacun de nous un potentiel et une envie de s’impliquer, de tenter la rencontre et la solidarité.

 

S’il est assez simple d’imaginer en quoi peut consister une innovation dans un secteur tel que l’agriculture, l’éducation ou la santé, l’exercice est nettement plus ardu lors qu’on en vient au lien social. D’abord parce que ce vaste sujet transcende tous les autres secteurs d’activité. Ensuite, car il s’agit de développer des modèles dans lesquels créer du lien est à la fois au cœur de la stratégie et du processus. Parmi les entrepreneurs sociaux identifiés par Ashoka, ils sont plusieurs à avoir développé des méthodes qui réinventent notre manière de vivre en société.

Coexister activement entre communautés religieuses — Samuel Grzybowski (Coexister)

Créer du lien social entre jeunes des confessions différentes, voilà ce que Coexister propose à travers son parcours de « coexistence active ». En rassemblant les jeunes autour d’actions de solidarité, son fondateur Samuel Grzybowski veut démontrer à travers l’agir ensemble que la différence est une force. « La fraternité s’apprend au quotidien, en la vivant concrètement ». En 10 ans, l’association a touché plus de 2300 jeunes de 15 à 35 ans à travers le monde, formant autant d’ambassadeurs du vivre-ensemble interreligieux. Selon lui, l’entrepreneuriat social est une des voies qui permettra à la société de reconstruire trois liens : « le lien à la nature, le lien à soi, et le lien à l’autre ».

La solidarité pour dynamiser durablement un quartier — Anne Charpy (Voisin malin)

Afin de transformer durablement la dynamique des quartiers populaires, Anne Charpy, a créé un réseau d’« habitants-leaders positifs » : les voisins malins. Ceux-ci vont de porte-à-porte écouter les gens de leur quartier, les informer et les mobiliser sur les services et les droits qui les concernent dans leur vie quotidienne. Ils sont accueillis à bras ouverts là où les services publics suscitent parfois la méfiance ou ne sont pas sollicités par manque d’information et sentiment de non-légitimité. Aujourd’hui, l’association est implantée dans 14 villes de France et salarie aujourd’hui plus de 110 voisins, qui ont déjà rencontré plus de 50 000 familles.

 

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Miser sur le lien social permet de briser les barrières symboliques qui divisent une société et de résoudre des enjeux de société tels que le chômage, l’accès au soin, le décrochage scolaire ou encore la précarité.

Lutter contre la précarité de manière efficace et personnalisée — Louis-Xavier Leca (Le Carillon)

Créer du lien c’est agir de manière personnalisée, adaptée et rendre possible l’émergence d’une solidarité porteuse, quand les dispositifs d’urgence ne suffisent pas toujours pour parvenir à la réinsertion. C’est le pari qu’a fait Louis-Xavier Leca, fondateur du Carillon. La mission de l’association est d’aller à la rencontre des commerçants pour les convaincre de permettre aux personnes sans-abris de recharger leur téléphone, accéder au wifi, photocopier des documents, utiliser les toilettes, accéder à une trousse de secours, boire un café… Des micro-actions qui peuvent changer le cours d’une journée, d’un mois, d’une vie et surtout la perception des personnes concernées. Aujourd’hui, le réseau est national, compte plus de 200 bénévoles, 700 commerçants et 40 000 petits services proposés dans 7 villes de France.

La ville de demain comme laboratoire de notre potentiel individuel et collectif — Nicolas Détrie (Yes We Camp)

Pour créer des villes inclusives, mettre en place de nouveaux projets coûteux n’est pas toujours le Graal. Nicolas Détrie a co-fondé Yes We Camp pour déclencher des rencontres au sein d’espaces vacants (terrains vagues, bâtiments inoccupés). Sur une durée définie avec le propriétaire, le collectif transforme progressivement l’espace et fait émerger une histoire contextuelle, belle, vivante, capable de faire tomber les barrières de représentation. Avec pour mots d’ordre l’hospitalité et la créativité, Yes We Camp crée des “laboratoires du vivre-ensemble” qui portent un message fort : changer soi-même pour changer le monde. « Le changement systémique du vivre-ensemble, c’est une attitude collective nouvelle, avec comme point de départ : changer son regard sur l’existant ».

La création de lien social à l’échelle d’un quartier, d’une ville, d’une société constitue un champ d’action à part entière pour de nombreux entrepreneurs sociaux, au même titre que l’insertion professionnelle ou l’éducation. Ils nous invitent à repenser la manière dont nous interagissons les uns avec les autres et dont nous cohabitons entre jeunes urbains, sans domiciles, personnes réfugiées… et à franchir le pas de la rencontre. Ils créent les conditions pour que ce lien prévale sur la transaction commerciale et laissent entrevoir un changement systémique, qui remet le lien, la relation, l’interaction au coeur de notre quotidien.

 

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