Résoudre le défi du "dernier kilomètre" : distribuer de la valeur à des milliards d’individus - Tribune d'Ashoka dans Forbes

Last mile

Article initialement publié sur Forbes.

On peut acheter un Coca-Cola dans le monde entier, mais des milliards d’individus pauvres dans le monde n’ont pas accès à des produits qui répondent à des besoins essentiels, comme le traitement de l’eau ou l’éclairage à des prix abordables. Cependant, pour adresser ce qui est communément appelé le "défi du dernier kilomètre de distribution" ou autrement appelé "last mile", certains entrepreneurs sociaux apportent des solutions innovantes pour faire de cette barrière une opportunité.

La majorité de la population dans les pays en développement vivent dans des zones rurales souvent accessibles uniquement par de mauvaises infrastructures routières. En plus de cela, l'isolement géographique ou un accès limité à l'information pertinente déconnecte, dans de nombreux pays en développement, ces populations de toute chaîne de valeur économique. La conséquence, qui peut affecter à la fois les populations rurales et urbaines, est que les produits essentiels n'atteignent pas les clients visés ou alors sont plus chers ou de moins bonne qualité que les produits standard accessibles aux autres populations.

 

Des systèmes de distribution innovants pour les populations mal desservies

Les entrepreneurs sociaux ont innové et co-créé des solutions innovantes avec des acteurs d’autres secteurs pour surmonter ces défis. Avec passion, persévérance et patience, ils inventent des modalités ingénieuses pour atteindre ces communautés mal desservies.

 

Parmi ces systèmes de distribution alternatifs, trois innovations :

Tirer parti des canaux de distribution existants. En faisant usage du petit nombre de canaux et infrastructures de distribution existants, les entreprises sociales peuvent créer de nouveaux moyens d’accès aux marchés. Par exemple, Hapinoy Stores aux Philippines a introduit de nouvelles opportunités de développement pour un réseau de petits magasins de quartier (magasins Hapinoy sari -sari)  à travers la vente de produits tels que les médicaments, les solutions solaires ou encore des services financiers grâce à des plateformes mobiles. Les propriétaires des magasins - souvent des femmes - sont formés à la gestion d'entreprise et au développement personnel pour accroître la rentabilité du magasin et, le cas échéant, ont accès à des solutions de financement pour développer et construire des magasins plus grands.

 

Créer des partenariats hybrides. Les organisations à but non lucratif ou les institutions de microfinance qui sont bien implantées localement sont en lien direct avec un réseau de  communautés ciblées. Le succès de Grameenphone au Bangladesh, le résultat d'un partenariat entre la Grameen Bank et l'opérateur mobile norvégien Telenor - est un exemple de ces relations gagnant-gagnant. Dans le cadre de ce partenariat intersectoriel, des femmes clientes de la Grameen Bank obtiennent un téléphone mobile et deviennent des "bureaux mobiles d'appels publics" communément appelés "le téléphone du village". Il permet à l’entreprise Grameenphone d’atteindre des zones rurales souvent négligées par les opérateurs mobiles.

 

Puiser dans les forces des entrepreneurs des villages. Permettre aux leaders et aux entrepreneurs de la communauté de jouer le rôle d'agents de vente est un autre chemin pour la création de réseaux de distribution fiables dans les collectivités mal desservies. L'entrepreneur social Ashoka Greg van Kirk de New Development Solutions Group au Guatemala fournit des biens et services liés à la santé dans des villages reculés en encourageant les villageois à s’entraider. En tant que personnes de référence au sein de leurs communautés , ces agents de distribution vont au-delà des divisions culturelles, identifient les besoins essentiels de la population locale et facilitent le processus d'adoption des produits en sensibilisant à la pertinence et à l'impact social potentiel des produits qui peuvent changer la vie en améliorant , par exemple , la santé ou la stabilité financière.

 

Le "dernier kilomètre" en Europe

 

Le "dernier kilomètre" n’est pas, comme on peut le croire, un problème qui touche uniquement les pays en développement. Les pays occidentaux sont également confrontés à ce défi. La principale raison est l'isolement - en raison, par exemple, de la mauvaise infrastructure des routes en Ethiopie rurale ou du manque d'information dans les bidonvilles du Bangladesh. En Occident, l'isolement est un problème pour les populations vieillissantes dans les zones rurales, les personnes n’ayant pas accès aux moyens de transport ou ayant une mobilité réduite.

Parce que la solution à tous ces problèmes est le combat contre l'isolement des populations mal desservies, il y de nombreuses opportunités d'innovation inversée, aussi appelée "reverse innovation", et, pour ces pionniers évoluant dans des contextes de pays développés tout comme de pays en développement, une opportunité d'apprentissage mutuel en collaborant par-delà les frontières pour adapter ces solutions à chaque cas particulier. En s’inspirant des meilleurs entrepreneurs sociaux dans les pays en développement, les entreprises traditionnelles et les entrepreneurs sociaux en Europe peuvent également tirer parti de leurs forces et expertise complémentaires pour répondre à leurs propres défis de distribution.

Prenons l’exemple du fellow Ashoka Anne Charpy de Voisin Malin, en France. Elle a développé une approche unique pour rétablir les communautés dans les quartiers urbains les plus pauvres de France. En partenariat avec les institutions et les entreprises d'utilité publique, elle permet aux voisins de ces communautés mal desservies de devenir des ambassadeurs des services essentiels (prix réduits des transports, par exemple). Afin d'assurer la prestation des services, elle adopte plusieurs approches, comme par exemple la mise en place de partenariats hybrides comme celui utilisé par GrameenPhone au Bangladesh ou le soutien au développement des activités des entrepreneurs locaux similaire à celle de Greg van Kirk au Guatemala.

De plus, les entreprises traditionnelles comme La Poste, opérateur français de services postaux, cherchent des façons de réinventer leurs business models. La Poste cherche à tirer parti  de  ses 17 000 centres postaux dans toute la France pour fournir des services essentiels en lien avec sa mission sociale, inscrivant ainsi l’impact social dans l’agenda des grandes institutions à but lucratif.

Alors que le "dernier kilomètre" reste probablement le plus grand défi pour le développement économique mondial, il représente également une opportunité importante de se réunir à travers les frontières, pour les innovateurs de tous les secteurs. Et si la mise en place de leurs solutions est bien orchestrée, l'impact pourrait être sans précédent.

 

Nicolas Chevrollier est chargé de programme chez BoP Innovation Center, un incubateur leader dans l'accélération du nombre et de l'impact des innovations dans l’inclusion dans les marchés à faible revenu.

Stéphanie Schmidt est Directrice du pôle Changemaker Alliances chez Ashoka Europe, basée à Paris. 

 


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This article was originally published on June 24, 2016
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