Michele Jolin, la conseillère très spéciale de Barack Obama

Michele Jolin

Cette avocate de formation est la conseillère à l'innovation sociale de Barack Obama. Nous l'avons rencontrée.

Elle a envie d'aller dans un café pour arroser l'interview au coca light, "une vraie drogue", et s'arrête au beau milieu d'une phrase pour regarder une petite fille jouer avec une poupée dans une classe de maternelle de l'autre côté de la rue. Michele Jolin n'incarne pas vraiment le stéréotype de l'avocate-américaine-rodant-depuis-toujours-dans-les-arcanes-du-pouvoir qu'on redoute. Ni tailleur noir, ni balayage californien, ni griffes fushia au bout des doigts...

Décontractée, douce, professionnelle. Une femme, une mère, une passionnée de son sujet, qui s'est déplacée à Paris en famille et qui a choisi l'été dernier de quitter son plein-temps à la Maison Blanche pour avoir un peu le temps de s'occuper de sa sœur et de sa fille, toutes deux malades.

Michele Jolin est aussi une fidèle d'Ashoka, le réseau mondial des entrepreneurs sociaux, ces chefs d'entreprise qui rêvent de concilier le social et l'économie. Un réseau dont elle a été nommée Senior Vice President aux USA jusqu'en 2004. Elle est aujourd'hui dans l'hexagone pour participer au jury de sélection des entrepreneurs sociaux que la branche française de l'organisation soutiendra cette année.

Ashoka un jour, Ashoka toujours...

Ashoka, c'est un peu le point de départ de son parcours en faveur de l'entrepreneuriat social, même si le terrain était déjà favorable. "Ma mère est un entrepreneur social elle-même, j'ai grandi dans cette idée qu'il était possible de faire une différence, de changer les choses. Quand j'étais à la Maison Blanche dans l'administration Clinton j'avais moi même créé une organisation avec amis. Et puis j'ai rencontré Bill Drayton, le Président d'Ashoka en 1999, et j'ai été éblouie".

Début des années 2000, le réseau de soutien aux entrepreneurs sociaux créé une petite vingtaine d'années avant amorce tout juste son envol outre-Atlantique. Emballée, Michel Jolin quitte la Maison Blanche pour le rejoindre, sous le regard éberlué de son entourage professionnel. Elle y reste 5 ans. "C'est la meilleure école qui soit pour apprendre au sujet des entrepreneurs sociaux et comprendre la force qu'ils ont - partout dans le monde - pour changer les choses".

Puis elle se demande comment conjuguer son passé politique et gouvernemental avec son présent, plus tourné vers l'entrepreneuriat social. Elle quitte Ashoka, "même si on ne part jamais vraiment, c'est une grande famille avec laquelle je continue à travailler".

Vers la Maison Blanche

Sa destination? Le think tank démocrate Center for American Progress. Son ambition? Réfléchir aux manières dont le gouvernement peut encourager l'innovation sociale et créer un climat plus favorable aux entrepreneurs sociaux. Et puis aussi - c'est, selon elle, un peu là qu'est le fond du problème - trouver comment l'Etat peut apprendre à laisser le champ libre ("get out of the way"). "Les gouvernements sont parfois les pires barrières qui soient à l'entrepreneuriat social"...

2008. Campagne Présidentielle. La ferveur Obama s'empare des Etats-Unis. Au sein de son think tank, Michele Jolin travaille avec l'entourage du candidat sur les questions d'entrepreneuriat social et d'innovation sociale. Après le résultat du scrutin, pendant la période de transition, les idées s'organisent.

Celles de Barack Obama sont "naturellement très proches de l'entrepreneuriat social: c'est un 'organisateur des communautés', il reconnaît le pouvoir des individus, il est conscient du fait que les gouvernements n'ont pas toutes les réponses..." Après l'investiture, c'est donc tout aussi naturellement qu'elle rejoint le Bureau de l'Innovation Sociale et de la Participation Civique créé par le Président Obama.

Soft-féministe

Au sein de ce Bureau, chargé de catalyser l'action de communautés pour favoriser le changement (le fameux "change"), Michele Jolin se dédie plus particulièrement au montage du Fonds pour l'Innovation Sociale.

Doté de 50 millions de dollars par le gouvernement, il a pour but d'attirer trois fois plus de capitaux - via la philanthropie, personnelle ou d'entreprise - pour financer des entrepreneurs sociaux innovants, par le biais d'intermédiaires comme Ashoka. La boucle semble bouclée...

Si elle qualifie l'année et demie passée à la Maison Blanche d'"incroyable", c'est surtout quand elle parle des projets soutenus que le regard de Michele Jolin s'éclaire. Des projets et des entrepreneurs, ou plutôt des entrepreneuses. Si le mot n'est jamais lâché, il semble qu'une pointe de féminisme anime Michele Jolin. Ni belliqueux, ni tapageur, mais un soft-féminisme emprunt d'admiration. Un soft-féminisme de mère.

La cause de enfants

Sujet de prédilection: l'éducation et les enfants. Elle salue Wendy Kopp, initiatrice de Teach for America, organisation proposant aux jeunes diplômés des grandes universités américaines d'enseigner pendant deux ans dans des quartiers défavorisés. Un programme qui, s'enthousiasme-t-elle, "est devenu l'un des plus élitistes auquel un étudiant puisse postuler".

Elle s'émeut au souvenir d'Inderjit Khurana et de l'idée "ébouissante" de cette "vieille dame au cheveux blancs qui cachait une énergie aussi insoupçonnable qu'inépuisable sous ses airs de mamie". Le projet de cette indienne: créer des écoles dans les trains pour les enfants "totalement oubliés" qui y travaillent. Et à la regarder parler, il semble évident qu'un jour, c'est dans les rangs de ces femmes là, sans tailleur noir, ni griffes fuschia, que Michele Jolin se battra.

This article was originally published on June 27, 2016
Related TopicsCivic Engagement, Participation des citoyens/communautés, Politique publique, CO-CRÉER DES SOLUTIONS

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