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Le 17 octobre, Samuel Grzybowski, Fellow Ashoka fondateur du mouvement Coexister publie, aux Editions Les Arènes, l’ouvrage « Fraternité Radicale ». Un récit autobiographique de 10 années d’engagement pour la coexistence active des convictions religieuses en France. L’occasion de se poser une question : quel rôle pouvons-nous tous jouer pour donner vie au troisième mot de notre devise républicaine : la fraternité ?

Enfant, Samuel Grzybowski s’asseyait en salle de classe entouré d’élèves de plus de 40 nationalités différentes. La fraternité, ce jeune parisien l’a toujours eue dans le sang, parce qu’il l’a vécue dès le plus jeune âge. Jeune adolescent féru du Paris-Saint-Germain, il rêvait même de réconcilier les supporters de Marseille et Paris !

Mais c’est à l’âge de 16 ans, que son engagement prend véritablement forme. En 2009, le conflit Israëlo-Palestinien a des retentissements violents en France. Samuel s’inquiète alors de la montée de la haine et de la division et lance l’opération « Sang % », une initiative de don du sang interreligieuse.

Par cette action, il souhaite prouver qu’agir ensemble est possible, que les différences peuvent être une force. De cette iniative et d’un tour du monde qui le mènera à la rencontre des différences religieuses (devenur l’Interfaith Tour), naîtra le mouvement de jeunesse Coexister.

10 ans plus tard, Samuel est un des plus jeunes Fellows Ashoka en France, et Coexister a permis à plus de 2300 jeunes de 15 à 35 ans de créer du lien social et de promouvoir un « mieux-vivre ensemble ». Pour cela, ils suivent tous un parcours de « coexistence active », qui leur permet de vivre cette coexistence religieuse en menant des actions de solidarité avec des jeunes de convictions différentes.

Samuel lui, malgré ces succès, est obligé de faire une pause en 2017, « arrêté en plein vol par un burn-out ». Pendant un an, il questionne alors cet engagement qui l’a mené, si jeune, à vouloir changer le monde. Est-ce que cela vaut le coup ? Est-il vraiment possible de vivre ensemble ? Il part chercher les réponses dans son histoire familiale, ses amitiés, les rencontres faites au fil de l’aventure Coexister...

Son prochain livre, « Fraternité Radicale », qui sortira le 17 octobre aux Editions Les Arènes, retrace sa réflexion, et via celle-ci, l’histoire de Coexister et des défis auxquels la fraternité a été confrontée ces 10 dernières années en France.

250 pages qui mènent Samuel à annoncer qu’il continuera son engagement. Par cette ré-affirmation, il souhaite surtout donner à d’autres l’envie d’agir, en montrant qu’il est possible de construire et re-construire la fraternité, que des milliers de jeunes en France font vivre au quotidien.

Le dernier chapitre fait appel à tous ceux qui souhaitent entreprendre pour favoriser le lien social, pour créer les modèles qui permettront à nos sociétés de transformer les divisions en richesse. Selon lui, l’entrepreneuriat social, c’est à dire le fait d’associer l’entrepreneuriat et l’efficacité économique (mais non-lucrative), à la résolution d’un enjeu de société, est une des voies qui permettra à la société de reconstruire trois liens : « le lien à la nature, le lien à soi, et le lien à l’autre ».

La conclusion est un message d’espoir et un appel à « se changer soi-même pour changer le monde » : si chacun s’interroge sur le sens qu’il donne à son travail et à ses talents et les met au service de la réponse aux grands enjeux de société, alors la fraternité ne sera plus seulement un mot sur le fronton de nos mairies, mais une réalité pour chacun d’entre nous.


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Entretien avec Samuel Grzybowski, fondateur de Coexister

Samuel, quel message souhaites-tu faire passer avec ce nouveau livre ?

La fraternité est en difficulté en France aujourd’hui. Les divisions tendent à se renforcer et beaucoup de gens se posent des questions sur ce qu’implique ce métissage de notre société. Avec ce livre, je souhaite avant tout montrer qu’il est possible de vivre et construire le lien social au quotidien. Beaucoup de gens, dont beaucoup de jeunes, sont très engagés dans cette défense de la fraternité et méritent que l’on raconte leur histoire !

Ton message est aussi un appel à l’engagement de la jeunesse ?

En effet, c’est le témoignage d’un jeune, qui dès ses 16 ans, se lance intensément dans l’aventure Coexister. Je m’y suis engagé très rapidement, sans réfléchir aux conséquences que cela aurait. 10 ans plus tard, j’ai été forcé de faire une pause d’un an pour réfléchir sur cet engagement. J’ai alors écrit ce livre, dont la conclusion est claire : je décide de poursuivre mon chemin de « créateur de liens ».

Je souhaite non seulement encourager ici chacun, dès le plus jeune âge, à réfléchir à ce qu’il a reçu dans sa jeunesse et peut « rendre » à la société, mais aussi interroger la manière dont la société accueille ces engagements venant de la jeunesse. Le témoignage de mes 10 années d’engagement, de mes espoirs mais aussi de mes doutes, revêt clairement un caractère générationnel : ma génération se pose beaucoup de questions sur le sens qu’elle donne à sa vie, à sa carrière. Je souhaite que l’on réfléchisse d’avantage à ce que la jeunesse peut et doit changer dans la société.

Coexister crée des parcours d’engagement pour des jeunes qui souhaite « vivre » la coexistence des religions pour pouvoir ensuite en devenir des ambassadeurs. Plus globalement, quelle est ta vision d’une société qui réussit à faire « coexister » toutes les différences ?

Nous voulons voir advenir une société dans laquelle la différence n’est pas vécue comme une division mais comme une force et une richesse. Notre vision porte sur la construction la paix, par la construction de liens, avec un parti-pris : nous pensons que la fraternité s’apprend au quotidien, en la vivant concrètement. C’est tout le pari de Coexister : l’expérience est au coeur de nos actions.

Il faut se rencontrer sur un terrain commun pour pouvoir dialoguer. La religion est un de ces terrains, que nous avons choisi d’explorer. Un terrain surement plus tabou que les autres et porteur du pire comme du meilleur. Mais il faut bien évidemment explorer tous les autres : différences culturelles, sociales et économiques, différences liées au genre, au handicap...! On aura réussi le jour où tout le monde s’engagera dans des associations comme Indigo, Unis-cité ou Singa, pour vivre et faire vivre la fraternité au plus grand nombre.

 

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