Clisthène : le collège de demain

Parthenon

La flexibilité des temps scolaires, l’interdisciplinarité, ça vous dit quelque chose ? Ces nouvelles idées qui font leur chemin au niveau national sont développées depuis près de 15 ans au collège de Clisthène, près de Bordeaux. Un exemple qui fait parler de lui et pourrait bien devenir le collège de demain.

« Parthé-oui/Parthé-non » : le nom farfelu d’un projet interdisciplinaire mené dans une des classes de 6ème du collège public de Clisthène, dans le quartier bordelais du Grand Parc. Trois professeurs, trois matières : arts plastiques, histoire et mathématiques. Sur trois séances de travail, les élèves découvrent la symétrie axiale de la façade du Parthénon, tout en explorant l’histoire de la Grèce antique. Les arts plastiques entrent en jeu pour le projet final : la reconstitution d’une façade de bâtiment antique, sur le modèle du temple grec. Parthé-oui/Parthé-non est l’un des nombreux projets interdisciplinaires menés dans cet établissement public créé en 2001.

En faisant se rencontrer les disciplines classiques sur des projets concrets, au sein ou en dehors de l’école, l’approche éducative y redonne du sens au savoir, développe la créativité des élèves, le travail en équipe, et la compréhension des enjeux contemporains.

L’écoute et l’échange au cœur de la pédagogie

Les professeurs de Clisthène ont également mis la discussion et l’échange au cœur de leur pédagogie. Chaque élève fait partie d’un groupe de tutorat, composé d’une dizaine d’enfants de classes et de niveaux différents, affiliés à un tuteur. Les élèves y apprennent le travail en groupe, la capacité à s’entraider, quel que soit l’âge ou le niveau, à discuter des blocages et des progrès à faire, à écouter les difficultés des autres. 4 heures par semaine, le rôle du professeur-tuteur est de suivre de près les progrès de chaque membre du groupe, mais également de les écouter, de les inciter à s’exprimer, et de nouer un dialogue personnel et régulier avec les parents. Par l’échange et l’écoute, les élèves font l’expérience de la démocratie, dans un collège ou chacun a son mot à dire.

Le temps scolaire au service de la pédagogie

A Clisthène, le temps scolaire est flexible, pour mieux répondre aux besoins pédagogiques. L’emploi du temps change chaque semaine, au gré des projets menés, dont l’échelle temporelle varie de la journée à l’année. Le rythme quotidien est aussi adapté aux rythmes biologiques des adolescents : la journée commence par un petit déjeuner organisé par des élèves et partagé avec des professeurs. Ce temps d’accueil permet d’apaiser l’anxiété, de canaliser l’énergie pour éviter les violences, de nouer un dialogue de confiance entre adultes et enfants, et de mettre les élèves dans un rythme physique favorable aux activités d’apprentissage qui suivront. Cette logique est répliquée tout au long de la journée, durant laquelle les rythmes d’apprentissage sont calqués sur ceux de l’enfant.

Des professeurs responsabilisés

Marc Chaigneau, professeur de mathématiques, explique que Clisthène a totalement transformé sa pratique du travail de professeur. « C’est un collège qui responsabilise ses professeurs. Chaque semaine, nous nous retrouvons tous pendant deux heures pour lancer des actions communes, distribuer les rôles, porter un regard d’équipe sur les élèves. Nous devons travailler conjointement pour développer les projets interdisciplinaires qui marquent l’année. Grâce à cela et aux groupes de tutorat, je ne porte plus uniquement un regard de professeur de mathématiques sur les élèves, mais les vois d’une manière bien plus complète, et j’ai mieux conscience de l’étendue de leur potentiel ou des différentes facettes des difficultés auxquelles ils peuvent faire face ».

Aller au-delà de l’expérimentation

Si Clisthène a été lancé comme une expérimentation éducative en 2002, Nadine Coussy-Clavaud, coordinatrice du collège, explique que l’équipe ne veut pas « laisser l’établissement devenir une option d’éducation « alternative » pour des jeunes en difficulté dans l’enseignement classique ». L’équipe enseignante veut démontrer que cette approche peut être adaptée à tous types de profils, quel que soit le milieu socio-économique ou les aptitudes scolaires. C’est pourquoi la règle d’or à Clisthène est de maintenir la diversité au sein du collège : la parité, la mixité sociale et l’hétérogénéité des niveaux scolaires sont clés pour faire de cet exemple un modèle de restructuration du collège au niveau national.

Clisthène espère ainsi continuer à inspirer tous ceux qui rêvent d’un collège apaisé, sans absentéisme ni décrochage scolaire, où la curiosité, la discussion, l’empathie et la citoyenneté sont remis au cœur de l’éducation.


Le collège Clisthène a rejoint en 2015 le réseau des Changemaker Schools, créé par Ashoka pour identifier, connecter et mettre en lumière les établissements scolaires qui cherchent à faire émerger la prochaine génération d'acteurs de changement.

>> Découvrez d'autres portraits de pionniers de l'éducation

>> (Re) découvrez également le court-métrage sur ces écoles pas comme les autres :  « Ensemble, redessinons l’éducation » - le film.

This article was originally published on June 13, 2016
Related TopicsCULTIVER L'EMPATHIE

More For You