Inverser le programme de mentorat
Créer des structures permettant aux jeunes de partager leurs talents avec le monde.
La langue représente l'un des principaux obstacles pour les nouveaux arrivants au Canada, en particulier pour les adultes isolés vivant dans des quartiers à faible revenu. Les immigrants sont deux fois plus susceptibles d'être sans emploi que les travailleurs nés au Canada, ce qui réduit leur capacité à subvenir aux besoins de leur famille.
Immigration et Citoyenneté Canada offre des cours de langue aux nouveaux arrivants, mais les recherches d'Agazi Afewerki démontrent que ces cours ne répondent souvent pas à leurs besoins. Ils sont offerts à des heures peu pratiques ou la méthode d'enseignement n'est pas adaptée à un groupe de personnes ayant des langues maternelles diverses. De plus, ces cours ne tirent pas parti des compétences et de l'énergie des jeunes, ni de leur potentiel en tant que mentors pour les apprenants plus âgés.
Agazi sait par expérience personnelle que les jeunes immigrants urbains et les enfants de la deuxième génération sont confrontés à la stigmatisation et manquent d'occasions de bénévolat et d'emploi valorisantes. Il a grandi à Regent Park, le plus grand, le plus ancien et le plus pauvre complexe de logements sociaux du Canada, où plus de 7 500 résidents vivaient sur seulement 28 hectares.
Frustré par la couverture médiatique de son quartier qui mettait l'accent sur ses difficultés et véhiculait des stéréotypes négatifs chez les jeunes, il a entrepris de changer la donne en valorisant leur atout majeur : une population jeune importante qui parle à la fois la langue maternelle de ses parents et au moins une des langues officielles du Canada.
Saisissant l'occasion de donner aux jeunes et aux adultes les moyens d'apprendre grâce au « mentorat inversé », Agazi a cofondé Youth Empowering Parents, un organisme qui forme des jeunes à offrir un enseignement individualisé aux adultes immigrants. Grâce au succès du programme linguistique, il a identifié d'autres occasions de mentorat pour les jeunes, comme aider les immigrants à se familiariser avec l'informatique, les téléphones intelligents et les transports en commun.
À mesure que son programme prenait de l'ampleur, Agazi a cherché des moyens de le déployer à moindre coût. Il a établi des partenariats avec des espaces publics sous-utilisés, tels que des écoles et des bibliothèques, pour accueillir ces séances de tutorat personnalisées. Il s'est également associé à un développeur de Google pour créer un algorithme permettant de jumeler des mentors et des mentorés.
En 2011, YEP a reçu un prix prestigieux des Nations Unies pour l'innovation interculturelle, ce qui a accru la notoriété d'Agazi. Depuis, il a démontré que son innovation est à la fois adaptable et reproductible. En 2018, YEP a rejoint 3 300 personnes (moitié jeunes, moitié adultes) dans quatre pays, grâce à 20 programmes communautaires qui ont mobilisé plus de 30 000 heures de bénévolat.
En Ontario, en partenariat avec les autorités provinciales et locales, Agazi a formé des enseignants à l'utilisation du programme de mentorat inversé de YEP pour relever les défis communautaires par le biais d'actions menées par les élèves. Parallèlement, il renforce l'impact de YEP grâce à « YEP en boîte », un portail en ligne et un outil d'apprentissage qui permet aux praticiens et aux décideurs d'autres secteurs d'impliquer davantage les jeunes dans la prestation de services.