Résoudre le problème de l’itinérance chez les jeunes ne se fera pas en multipliant les refuges, les soupes populaires ou les logements de transition. La solution réside avant tout dans la prévention.
C'est le principe simple, mais fondamental, qui sous-tend A Way Home Canada, une coalition nationale qui repense les solutions à l'itinérance chez les jeunes en transformant les politiques, la planification et les pratiques. Melanie Redman, membre d’Ashoka, est la cofondatrice, la présidente et la directrice générale d’AWH.
Prévenir l’itinérance chez les jeunes – et l’itinérance en général – exige, selon Mélanie, créativité, expérimentation et évaluation. « On veut que nos solutions soient fondées sur des données probantes. C'est pourquoi AWH s'est associée à l'Observatoire canadien sur l'itinérance de l'Université York pour créer le Laboratoire d'innovation sociale Making the Shift (MtS) sur l'itinérance chez les jeunes, un réseau de centres d'excellence du gouvernement du Canada, fruit d'un partenariat entre trois conseils de recherche. En 2021, Making the Shift a aussi reçu la désignation Centre d'excellence de la Charte des Nations Unies à Genève. Selon Mélanie, le laboratoire expérimente, innove, apprend de ses erreurs – et réussit – en temps réel afin de constituer une base de connaissances solide sur les solutions pour prévenir l’itinérance.
« Lorsque nous rencontrons ces jeunes, ils peuvent énumérer, pour chaque étape de leur parcours vers l'itinérance, de multiples interventions qui auraient pu les aider, eux et leurs familles, à enrayer cette spirale. Notre objectif est donc très clair : nous devons fournir un accompagnement et des interventions globales, aussi longtemps que nécessaire, pour soutenir les jeunes et leurs familles et les empêcher de sombrer dans l'itinérance. Et pour ceux qui se retrouvent sans abri, le but est de les sortir de cette situation et de faire en sorte qu'ils ne retombent jamais dans cette impasse. »
AWH Canada a donné naissance à un mouvement international, avec des antennes aux États-Unis (lancée à la Maison-Blanche en 2016), en Australie, au Royaume-Uni et dans plusieurs pays européens. Ce réseau international, explique Mélanie, « est une formidable plateforme d'échange de connaissances. Nous pouvons observer les initiatives mises en œuvre partout dans le monde et adapter ces idées à nos communautés et à nos contextes. Elle cite l'exemple du « devoir d'assistance » du Pays de Galles, qui oblige les organismes publics à collaborer pour prendre des mesures concrètes dans un délai déterminé dès qu'ils sont informés de la situation d'un jeune sans abri.
« Par conséquent, le nombre de sans-abri a considérablement diminué. Comment pouvons-nous donc adopter ce devoir d’assistance au Canada, et comment pourrions-nous en faire un devoir de prévention ? C'est passionnant. »