Un entrepreneur social anglais exporte sa méthode en Colombie !

Michael Sani décrypte l'engagement des jeunes dans le processus de paix.

Bogotá-Novembre 2017. Trois entrepreneurs sociaux engagés auprès des jeunes se rencontrent lors du premier Global Change Leaders gathering organisé par Ashoka. Catalina Cock Duque est colombienne, Michael Sani anglais et Gabriela Arenas vénézuélienne. Catalina Cock Duque dirige la Fondation Mi Sangre, fondée par le chanteur et leader social colombien Juanes afin de créer pour les enfants et adolescents un environnement propice à la paix. Michael Sani a co-fondé Bite the Ballot, une entreprise sociale qui œuvre pour l’engagement civique local au Royaume-Uni en se réappropriant les réseaux sociaux pour en faire un lieu d’expression, d’échange et de partage d’idées politiques pour les jeunes.  Et Gabriela Arenas milite en faveur d’une éducation non violente à la maison, à l’école et au sein des communautés vénézuéliennes à travers la Fondation TAAP.

Trois projets pédagogiques, trois approches différentes, trois contextes mais une seule vision : les jeunes doivent être acteurs de la vie politique de leurs pays. La situation de la Colombie les interpelle, car à l’aube des élections présidentielles en Colombie le 27 mai, le vote de la jeunesse est plus que jamais au cœur des préoccupations et crucial pour préserver la paix encore fébrile. Alors les trois Fellows Ashoka unissent leurs forces pour créer un format d’atelier participatif adapté aux jeunes colombiens. Un mois de travail plus tard, Michael Sani embarque pour un tour de la Colombie - Bogotá, puis Medellin, Carthagène et Pereira, où Catalina et Gabriela ont réuni des équipes de jeunes désireux de s’investir.

Nous avons rencontré Michael Sani au Changemaker Education summit du Lyon (3ème édition), qui a répondu à nos questions.

En quoi consiste le projet ?

Catalina (Fondation Mi Sangre) comme Gabriela (Fondation TAAP) ont une forte expérience du terrain puisqu’elles œuvrent quotidiennement et depuis des années auprès des jeunes, afin de briser les cercles vicieux de la violence et de les éduquer à la paix. Nous avons tout simplement combiné cette expérience et ces liens avec les communautés avec la méthodologie d’engagement civique de Bite The Ballot. Nous avons développé des méthodes ludiques, créatives et artistiques pour développer chez les jeunes des compétences telles que l’esprit critique, le pacifisme et favoriser leur engagement, contribuant ainsi au développement social des communautés et à leur implication dans la vie citoyenne.

Quel impact avez-vous eu auprès des jeunes colombiens ? 

Nous avons organisé des ateliers auprès de plus de 200 jeunes colombiens, qui les ont ensuite répliqués au sein de leurs communautés. Un mois plus tard, plus de 1266 jeunes supplémentaires ont bénéficié de notre méthodologie ! Nous avons également travaillé avec des entrepreneurs sociaux locaux tels que Movilizatorio, qui se sont joints à nos ateliers à Bogotá. Ils se sont engagés, comme les jeunes, à diffuser nos modèles d’ateliers auprès de leurs partenaires.

En quoi inciter les jeunes à voter contribue à préserver la paix en Colombie ?

​En Colombie, les politiques en place continuent d’alimenter bien des rancœurs. Si les jeunes prennent la parole et s’unissent pour diffuser un message de paix, ceux qui font les politiques de demain vont être forcés de s’engager dans ce sens ! Ils ont en eu le pouvoir d’assurer une paix durable, et d’améliorer leur futur et celui des générations à venir.

Quelles sont les différences entre une intervention auprès des jeunes colombiens et des jeunes du Royaume-Uni ?

Oui, énorme ! Je n’avais jamais vécu une telle expérience. Les jeunes colombiens sont avides de changement et d’engagement. Ils ont déjà leur propre vision de la politique de leur pays et cherchent à s’investir, sans savoir comment. Ils ont d’eux-mêmes dispensé nos ateliers dans leurs communautés : j’aimerais que les jeunes du Royaume-Uni goûtent à une telle énergie et un tel enthousiasme ! Avec eux l’obstacle principal à surmonter est leur manque de foi.

Et après ?

Nous voulons capitaliser sur ce travail considérable effectué par les jeunes au cours des ateliers et tirer des leçons de leur manière de s’organiser et de s’engager. Nous visons également à créer un noyau local qui poursuivrait notre activité sur place. Si ce groupe parvient à rassembler assez de retours d’expérience et de données sur les besoins et les souhaits des jeunes colombiens, nous serons ensuite en mesure de développer des outils technologiques qui démultiplieraient leur impact. A terme, le projet est de créer des programmes d’accompagnement sur 10 mois qui combineraient apprentissage, mentorat, réunions, débats et constitution de réseau. Nous espérons former les leaders locaux de demain afin qu’ils puissent représenter leurs communautés dans la vie politique !


Après la Colombie, Michael Sani poursuit sa mission auprès des jeunes français de Lyon. En s’appuyant sur les communautés Ashoka locales, il essaime petit à petit sa méthode d’ «empowerment» citoyen auprès des jeunes du monde entier. Cette collaboration entre trois entrepreneurs sociaux issus d’horizons très différents incarne leur volonté de déclencher un changement dans la société toute entière, de catalyser une transformation de la société en profondeur. Seuls, les entrepreneurs sociaux peuvent avoir un impact positif à leur échelle. Ensemble, ils sont en mesure d’avoir un impact systémique, de transformer les logiques existantes et de faire évoluer durablement les mentalités.​

Découvrez les portraits de Michael, Gabriela et Catalina !