Justice réparatrice.
L'incarcération de jeunes pour un acte criminel est souvent le symptôme d'un problème bien plus profond que le crime lui-même, et elle fait généralement plus de mal que de bien. Les recherches montrent que les jeunes accusés et punis pour un acte criminel sont plus susceptibles d'avoir des difficultés scolaires, de connaître le chômage et, finalement, de récidiver.
L'avocate torontoise Eva Marszewski a une longue expérience du système judiciaire, ayant travaillé comme plaideuse, arbitre et médiatrice. Pendant plus de quarante ans, elle a constaté de visu les dysfonctionnements d'un système judiciaire qui tente de gérer les conflits relationnels par des procédures contentieuses destructrices et une philosophie punitive.
Depuis, elle milite pour la décriminalisation des conflits chez les adolescents. Le système juridique, qui définit les jeunes comme les personnes âgées de 12 à 17 ans, est en décalage avec les connaissances médicales. De plus, le système actuel criminalise les conflits chez les adolescents au lieu de les traiter comme un délit civil ou administratif. Le principal moyen de gérer les conflits chez les adolescents en dehors du cadre pénal est le système qui mène de l'école à la prison, perpétuant ainsi le cycle de la délinquance.
C'est pourquoi Eva a été si inspirée lorsqu'il y a près de 20 ans, elle a été témoin d'une approche très différente de la justice dans la Première Nation de Carcross/Tagish, au Yukon. Un jeune homme a été accusé d'incendie criminel. Au lieu de prononcer une peine punitive, les membres de la communauté se sont réunis pour former un cercle de dialogue. Quel est le but ? Créer un espace sécuritaire pour dialoguer avec le jeune accusé afin de mieux comprendre les circonstances qui ont contribué à ses actes et d’élaborer un plan pour l’avenir qui lui permettrait de reconstruire sa maison avec l’aide de sa communauté. Les membres du cercle ont trouvé une solution qui profitait à la fois au jeune homme et à la personne dont la maison avait été incendiée, sans qu’il soit nécessaire de passer par un tribunal.
Eva a perçu le potentiel des principes de cette approche communautaire autochtone pour transformer la justice en profondeur. En 2002, elle a fondé Peacebuilders afin d’intégrer des approches axées sur le soutien et la réconciliation, plutôt que sur la punition, pour améliorer les systèmes de justice provinciaux et fédéraux.
Peacebuilders utilise la justice réparatrice, qui vise à réparer les torts causés par un individu et à rétablir les relations avec les victimes et avec l’ensemble de la communauté. Ils proposent des alternatives à la punition pour les jeunes, comme la réadaptation et les groupes de soutien. Cette approche enseigne la résolution saine des conflits, aidant ainsi les jeunes à éviter les actes criminels. L'objectif ultime : garder les jeunes hors du système de justice pénale.
Le programme Cercles de jeunes restauratifs de Peacebuilders et ses bénévoles soutiennent les jeunes accusés d’infractions criminelles avant leur procès et ont permis à plus de 1 000 personnes d’obtenir l’abandon des accusations et d’éviter la prison.
L'organisme milite pour des changements aux systèmes d'éducation et de justice pénale pour les jeunes du Canada, ainsi que pour des investissements auprès des jeunes vulnérables. Peacebuilders offre également de l’information juridique aux jeunes et à leurs familles confrontés au processus judiciaire, ainsi que de la formation en justice pour les jeunes aux avocats et autres intervenants de première ligne.
Avec Peacebuilders, Eva bâtit un monde où les jeunes ne sont pas punis lorsqu’ils ont le plus besoin d’aide. Au contraire, ils sont soutenus pour guérir, surmonter les difficultés, renouer des liens et accéder aux ressources économiques et sociales nécessaires à leur épanouissement.