Honorer les traditions orales autochtones et renforcer la résilience des jeunes


Manon Barbeau offre une plateforme permettant aux jeunes autochtones de raconter leurs histoires avec leur propre voix via des studios de cinéma mobiles et permanents gérés par les communautés locales.
Changemakers

Film de guérison

Au Canada, les communautés autochtones se battent pour préserver leurs langues et leurs traditions culturelles. Victimes du racisme et des conséquences persistantes des pensionnats et autres politiques coloniales, les jeunes autochtones sont toujours séparés de leurs familles à des taux disproportionnés. Ils sont plus susceptibles que leurs pairs non autochtones d'abandonner leurs études et de se suicider.

Manon Barbeau s'est efforcée de mettre en lumière et d'amplifier la résilience créative des jeunes autochtones face à ces obstacles systémiques à travers Wapikoni Mobile.

Documentariste engagée depuis longtemps auprès des communautés marginalisées pour lutter contre l’injustice sociale, Manon a vécu une expérience bouleversante à la fin des années 1990. Alors qu’elle travaillait avec un groupe de jeunes Atikamekw de Wemotaci à la réalisation d’un film sur le dépassement de l’humiliation de la colonisation, Wapikoni Awashish, une jeune femme de 20 ans, sujet de son film, est décédée dans un accident de voiture.

Wapikoni était un modèle positif et une leader au sein de sa communauté. La tragédie de sa mort a incité Manon à fonder Wapikoni Mobile en 2003 en son nom, en collaboration avec le Conseil jeunesse de la Nation Atikamekw et les Premières Nations du Québec et du Labrador.

En surface, Wapikoni Mobile est un studio mobile où, grâce à des ateliers et du mentorat, les jeunes Autochtones peuvent développer leurs compétences en écriture, en réalisation et en technique cinématographique. Plus profondément, le studio est un espace où les jeunes Autochtones de partout au Québec travaillent à rétablir le dialogue au sein de leurs communautés et au-delà. Les films amorcent un dialogue à tous les niveaux de la société, favorisant le renouveau et la revitalisation des échanges sociaux, notamment par la réconciliation des cultures contemporaines et ancestrales des jeunes Autochtones.

Par l'entremise de Wapikoni, les jeunes produisent des courts métrages et des œuvres musicales, souvent sur des enjeux sociaux douloureux et tabous au sein de leurs communautés. Wapikoni soutient les jeunes pendant et après le tournage en travaillant en étroite collaboration avec les leaders communautaires et en jumelant les jeunes qui ont besoin de soutien avec des travailleurs sociaux de la communauté. Les enfants, les parents et les grands-parents participent souvent à ces projets menés par les jeunes et, grâce au soutien de Wapikoni, leurs œuvres sont présentées à leur communauté et à un public international.

À ce jour, Wapikoni Mobile a visité 44 communautés provenant de 14 Premières Nations différentes, ainsi que 45 communautés à l'étranger. Cinq mille participants ont été formés et ont produit collectivement plus de 1 145 films et 750 enregistrements musicaux, mettant en valeur et célébrant le patrimoine culturel autochtone. Dans un esprit de solidarité, Manon développe des partenariats avec des organisations autochtones locales au Brésil, en Bolivie, au Pérou et en Polynésie française, afin qu'elles puissent elles aussi former des cinéastes et des travailleurs sociaux, en reproduisant et en adaptant le modèle de Manon à leur contexte local.

Le vrai changement que Manon fait avec Wapikoni est de donner la parole aux voix historiquement marginalisées pour qu'elles puissent partager leurs connaissances et leurs visions du monde.