Une plateforme pour la santé maternelle des femmes noires : Mino Care
Accoucher quand on est Noir·e : ça devrait être une expérience intense, joyeuse, sécuritaire et bienveillante. Pourtant, pour trop de futurs parents africains, caribéens et noirs (ACB), la grossesse, l'accouchement et les soins postnatals peuvent être traumatisants. De plus, le Canada manque de données fiables pour étayer la recherche sur les meilleures pratiques et politiques de soutien aux mères et aux personnes accouchant issues des communautés ACB.
La chercheuse et militante Elsie Amoako s'est donné pour mission de changer la donne. Son organisme, Mino Care, transforme les soins liés à la grossesse, à l'accouchement et aux soins postnatals pour les communautés noires et racisées du Canada, avec pour objectif de bâtir un système de soins de naissance plus juste et plus équitable pour tous et toutes.
Par exemple, des études suggèrent que les femmes et les personnes accouchant noires vivent mieux l'expérience lorsqu'elles sont accompagnées par des professionnels de la même communauté raciale. Mino Care développe un réseau en constante expansion de professionnels de la naissance noirs – obstétriciens, sages-femmes, doulas, spécialistes de la santé pelvienne, consultantes en lactation, thérapeutes et plus encore – capables d'offrir un accompagnement culturellement adapté aux personnes noires. Elle a établi des partenariats et mobilisé des fonds pour que ces services soient accessibles à tous les parents noirs, en particulier ceux qui n'auraient pas les moyens de se les offrir autrement. Grâce à cela, Mino Care contribue à accroître la demande de professionnels de la naissance noirs tout en incitant davantage de professionnels issus de minorités ethniques à intégrer le secteur de la santé maternelle.
Mino Care se concentre également sur l'éducation, en offrant des ateliers sur les droits liés à la naissance afin d'aider les parents et futurs parents noirs à comprendre leurs droits et à s'orienter dans le système de santé.
Elsie travaille avec des partenaires du secteur de l'accompagnement à la naissance des femmes noires pour développer un programme de formation certifié, accrédité par une université et axé sur les compétences sociales en matière de naissance, destiné aux professionnels de la naissance, qu'ils soient débutants ou expérimentés. Cependant, ce projet est retardé par manque de financement suffisant. L'organisation tient chaque année une conférence nationale : MinoFest le Racialized Reproductive and Maternal Health Conference, qui, de 2018 à 2023 (à l’exception de 2020 et 2021), a réuni plus de 2000 intervenants des gouvernements, de la société civile, des communautés et du secteur de la santé afin de renforcer le soutien à l’intégration des soins racialisés dans les politiques de santé provinciales et fédérales – un travail qui mène à la création du premier groupe de politiques sur la santé maternelle des femmes noires au Canada.
Par l’ensemble de ces activités, Mino Care s’attaque au manque de données ventilées par race sur les issues de grossesse et d’accouchement au Canada. L'organisme renforce sa crédibilité afin de recueillir des données de manière éthique auprès des communautés avec lesquelles il collabore, ce qui permettra de fournir les renseignements nécessaires à l'élaboration de politiques et de programmes efficaces pour soutenir la santé maternelle des femmes noires.
Dès sa première année, en 2019, Mino Care a accompagné plus de 400 parents noirs en Ontario. Elsie prévoit de lancer une application Mino Care afin de mettre en relation les professionnels de la santé maternelle des communautés noires et autochtones avec leurs patientes et les membres de la communauté. À plus long terme, elle souhaite intégrer des technologies prédictives permettant d'anticiper et de prévenir les problèmes de santé chez les futurs parents noirs.
« Pour moi », explique-t-elle, « il s'agit de laisser un héritage, de normaliser l'accès à des soins maternels culturellement adaptés et accessibles, et d'avoir un impact positif sur la vie des femmes noires et des personnes qui accouchent partout dans le monde. »