Droit environnemental de la côte ouest : décoloniser le paysage juridique canadien


Grâce à des stratégies juridiques collaboratives qui font le lien entre le droit autochtone et le droit canadien, Jessica Clogg et son équipe transforment la prise de décision en matière d'environnement et renforcent les protections juridiques de l'environnement.
Photo of Jessica Clogg being interviewed

Revitaliser le droit autochtone sur la terre, l'air et l'eau

« J'ai entrepris des études de droit parce que je croyais que le droit pouvait être un outil de changement social », explique Jessica Clogg. « Et j'ai très vite réalisé à quel point le droit fait partie intégrante du problème. »

En tant que directrice générale et conseillère principale de l'organisme sans but lucratif West Coast Environmental Law (WCEL), Jessica travaille depuis plus de vingt ans comme avocate spécialisée en droit de l'environnement et des droits des Autochtones, et plus particulièrement en soutien juridique et stratégique aux peuples autochtones. Au sein de WCEL, elle a joué un rôle déterminant dans la création du programme RELAW (Revitaliser le droit autochtone relatif à la terre, à l'air et à l'eau).

Grâce au programme RELAW, lancé en 2016, WCEL aide les nations autochtones à formuler, à revitaliser et à appliquer leurs propres lois afin de protéger la Terre et de relever les défis environnementaux. WCEL joue également un rôle de premier plan dans l'élaboration de modèles de cogouvernance en Colombie-Britannique et au Canada, ainsi que dans l'établissement de lois environnementales fédérales et provinciales qui favorisent la réconciliation, la protection de l'environnement et la prise de décisions inclusives. Dans sa phase pilote, RELAW a collaboré avec plus d'une douzaine de partenaires autochtones, dont plus de 50 Premières Nations, sur un éventail diversifié de projets fondés sur le droit autochtone.

Pour relever les défis environnementaux actuels, explique Jessica, RELAW se tourne vers les lois des peuples autochtones qui gouvernent leurs territoires depuis des temps immémoriaux : des lois que l'on retrouve dans les récits, les chants, l'art, la langue, les cérémonies et la nature elle-même. « Les magnifiques récits [des peuples autochtones]… nous apprennent à entretenir une relation avec la terre et entre nous. À partir de ces récits, nous sommes en mesure de dégager des principes juridiques et d'instaurer un dialogue avec les communautés.»

En travaillant main dans la main avec les peuples autochtones pour appliquer stratégiquement le droit autochtone et canadien, Jessica et son équipe cherchent à créer des solutions juridiques aux problèmes environnementaux complexes et à bâtir une plus grande durabilité pour tous. WCEL a joué un rôle de premier plan dans l'élaboration de dizaines de lois et de règlements environnementaux importants en Colombie-Britannique et au Canada, notamment la nouvelle Loi sur l'évaluation environnementale de la Colombie-Britannique, la première loi provinciale au Canada reconnaissant la compétence inhérente des nations autochtones à prendre leurs propres décisions concernant les projets d'exploitation des ressources sur leurs territoires.

En 2020, Jessica a été nommée parmi les 25 avocats les plus influents du Canada par le magazine Canadian Lawyer. Selon elle, une bourse Ashoka renforce son engagement et lui permet d'amplifier sa démarche visant à « utiliser le droit pour changer les règles du jeu de manière plus démocratique, plus durable et plus juste ».