Cercle des aînés de l'Arctique : Situer les connaissances traditionnelles inuites face aux défis du XXIe siècle


L'application SIKU intègre les systèmes de connaissances autochtones à la gestion moderne des ressources
Photo of four members of SIKU team in front of Google Imapact Challenge banner

Les Inuits sont la population la plus touchée par les changements climatiques dans l’Arctique. Pourtant, leurs systèmes de connaissances traditionnels, remontant à des millénaires, sont trop souvent exclus des initiatives de gestion environnementale de la région, qui, jusqu’à récemment, privilégiaient les méthodes de recherche scientifique eurocentrées. Avec SIKU – une application de réseautage social multimédia conçue par et pour les communautés inuites – Joel Heath et l’Arctic Eider Society font évoluer cette situation.

Autodétermination des Inuits en matière de recherche, d’éducation et de gestion environnementale.

SIKU (dont le nom est inspiré du mot inuktitut désignant la glace de mer) relie les Inuits vivant dans des régions éloignées. Ils cartographient l’évolution de la glace de mer et des conditions météorologiques, partagent des récits de chasse, documentent les migrations fauniques, suivent les espèces envahissantes et contribuent à des projets de recherche. Les résidents autochtones du Nord canadien téléchargent leurs connaissances traditionnelles et leurs observations du territoire et de ses habitants sur la plateforme, transformant ainsi la culture orale en précieuses données scientifiques sur les changements environnementaux. L'application offre à ses utilisateurs des outils pour prendre des décisions plus éclairées quant à la gestion des impacts cumulatifs des changements climatiques et du développement sur leurs terres ancestrales.

Dans une région où les emplois sont rares, SIKU favorise l'émergence d'une nouvelle économie locale de conservation. Imaginez, par exemple, une université du Sud embauchant 50 chasseurs inuits pour recueillir et analyser des données sur l'état de la glace ou les migrations de caribous à l'aide de leurs téléphones mobiles. Selon Joel, les jeunes Inuits sont particulièrement bien placés pour travailler en combinant les technologies de pointe et le savoir ancestral de leurs aînés, à travers leur langue, leurs récits et leurs connaissances. Afin de former cette nouvelle génération de chercheurs communautaires et de gardiens de l'environnement, les fonctionnalités et les capacités de la plateforme sont intégrées aux programmes scolaires des commissions scolaires du Nord.

Depuis son lancement en 2019, SIKU a mobilisé des milliers de personnes dans l'Arctique canadien. La plateforme est utilisée dans plus de la moitié des 51 communautés inuites de la région et dans le cadre de dizaines de collaborations de recherche entre les communautés autochtones, les organismes régionaux, les universités et les gouvernements. L'AES vise à développer des fonctionnalités pour la sécurité des déplacements, la surveillance des changements climatiques et l'équité entre les sexes en matière de gestion environnementale et d'autodétermination des Inuits. À l'échelle mondiale, SIKU s'étend à d'autres communautés autochtones circumpolaires. Plusieurs peuples autochtones à travers le monde ont manifesté leur intérêt pour cette application dans le cadre de leurs démarches d'autodétermination.

Au début des années 2000, Joel a commencé à travailler au sein de la communauté inuite de Sanikiluaq pour mener des recherches doctorales sur les eiders. « À la fin de mon doctorat, les Inuits de Sanikiluaq m'ont félicité et m'ont dit qu'en matière de savoir inuit, j'étais encore à la maternelle.» Joël a eu la clairvoyance d'acquiescer : en 2011, il a quitté le milieu universitaire pour cofonder AES. Depuis, il n'a cessé d'apprendre, avec pour objectif de renforcer sa communauté d'adoption et de remettre le savoir autochtone au cœur de la gestion de l'écosystème de la baie d'Hudson.